Nom: 
ROBERT
Marion
,
2001
,

Sujet d'étude: 
De la Sicile à ses satellites, les îles des communautés à part

LES DIFFICULTES

 A) L'approvisionnement en eau

Ceci est un problème commun non seulement aux îles mais à toute la Sicile en général. L'eau du robinet est de mauvaise qualité et l'on ne boit donc que de l'eau en bouteille, qui par ailleurs est assez chère. Certains estiment même que l'eau du robinet n'est pas assez bonne pour faire cuire les pâtes, comme dans la région de Palerme, et préfèrent donc se rendre aux fontaines pour en remplir les bidons. En fait, les problèmes tiendraient plus à certains détournements administratifs passés qu'à une difficulté climatique ou géographique à proprement dit.

Par contre, dans les îles, l'eau manque réellement. Dans la plupart et notamment à Alicudi, chaque maison dispose d'un système qui permet de recueillir l'eau de pluie. Mais les besoins actuels et surtout ceux liés au développement du tourisme nécessitent un apport plus important. Aussi, un bateau spécial (bateau-citerne) vient régulièrement approvisionner les villages, plus fréquemment en été. A Stromboli, on m'a expliqué qu'un système de tuyaux amène une certaine quantité d'eau aux réservoirs de chaque maison ou hôtel, qui ensuite gèrent leurs réserves individuellement jusqu'à la prochaine livraison. Par contre, ce système ne fonctionne pas pour les maisons situées en hauteur car la force motrice n'y est pas suffisante. A Alicudi, le réseau doit être plus efficace car la plupart des maisons (et l'on se retrouve très vite assez haut) disposent de leur réserve personnelle.

A Favignana c 'est différent puisque l'eau est filtrée à travers le Tuf mais cependant elle reste assez salée ce qui pose quelques problèmes pour se laver ou pour faire les lessives. Au retour de la plage : on se retrouve la peau quasiment aussi salée avant la douche qu'après et les vêtements deviennent tout secs et délavés !

B) L'approvisionnement en nourriture

Il y a en Sicile encore beaucoup de " supérettes " familiales, surtout dans les îles qui disposent de peu de place. L'approvisionnement de ces dernières se fait grâce au ferry qui décharge ainsi les camionnettes qui s'y rendent directement. En revanche c'est plus compliqué pour Stromboli où le transport doit se faire avec les " Ape " (les voitures ne passent pas dans ses rues étroites et les camionnettes encore moins !) et à Alicudi où le moyen privilégié reste l'âne !

Les supermarchés gigantesques comme on en trouve tant chez nous sont rares : hormis à Palerme et à Catane où on trouve un ou deux " Auchan " ; il y a surtout des supermarchés de taille moyenne qui eux sont organisés en chaîne telle que " Conad " ou " Margherita ".

C) L'approvisionnement en essence

Vous souvenez-vous des pénuries d'essence en France lors des grèves de l'hiver 2000 ? Et bien à Favignana, les files interminables sont le pain quotidien puisqu'il y n'y a qu'une seule pompe pour toute l'île ! Ainsi une vingtaine de voitures et de scooters attendent en permanence d'être servis. Et ceci avec plus de patience et de self-control que nous, en file d'une cinquantaine de mètres le long du port.

J'ai aussi noté une particularité des stations siciliennes : les distributeurs à carte sont encore très rares et l'on ne descend jamais de sa voiture. On m'a expliqué que les Siciliens n'aiment pas se salir : on donne donc un billet à un homme dont le travail est toute la journée de vous remplir le réservoir pour ce nombre rond que vous avez demandé. Et l'essence est tout aussi taxée ici qu'en France, le seul avantage est pour ceux qui utilisent les scooters et par conséquent dépensent moins.

D) L'Evacuation des poubelles

On peut dire que les Siciliens ont un certain problème avec leurs poubelles qui s'amoncellent assez rapidement, les jours et horaires de passage des bennes étant très aléatoire. Dans les îles, un autre problème s'ajoute : celui de faire d'évacuer les immondices de l'île. A Ustica, par exemple, il n'y a sur les deux ports qu'un seul par où les camions peuvent arriver ou partir. Mais ce port est aussi le plus difficile d'accès en cas de mauvaise mer. Ainsi, durant la paire de jours où je me suis rendue à Ustica, comme la mer était mauvaise, les tas de détritus se sont vite amoncelé ce qui donnait un spectacle un peu désolant pour une île classée réserve naturelle. De même à Alicudi, île parmi les plus belles des Eoliennes, pour rejoindre les plages de rochers, il faut passer devant une immonde décharge et si l'on n'a pas le courage de le faire, on manque vraiment quelque chose de magnifique un peu plus loin.

E) La recherche de l'emploi

L'emploi dans les îles mais aussi en général en Sicile tourne principalement autour du tourisme. L'hiver est donc dur d'un point de vue économique, et souvent, les maris doivent s'expatrier dans le nord de l'Italie, comme à Rome voire à Milan ou Bergamo afin de trouver un emploi pour survenir aux besoins de leur famille. Les pêcheurs ne sont pas privilégiés puisque les îles siciliennes étant souvent des réserves naturelles, ils doivent partir pécher dans des zones lointaines comme en Sardaigne.

Finalement, du point de vue de l'emploi, les îles n'ont d'avantages que pour leurs jeunes à qui elles offrent un travail saisonnier agréable et proche de chez eux !

F) Le suivi scolaire

Les îles Egadi, notamment Favignana et Levanzo étant proches de la côte, les élèves de collège et de lycée peuvent se rendre assez aisément à Trapani afin d'y étudier. Pour cela ils bénéficient de tarifs préférentiels sur les aliscalfo qui sont les moyens de transports les plus rapides mis à leur disposition. En revanche, il arrive fréquemment que par mauvais temps l'hiver, les élèves soient privés de cours ! Quand aux étudiants, ils ont pour la plupart un logement à Palerme voire à Rome ou ailleurs selon le niveau de leur étude. A ce niveau là, le système est équivalent au système universitaire français.

Le cas des îles Eoliennes est un peu différent puisque comme nous l'avons constaté précédemment, les distances sont beaucoup plus importantes et les îles peu peuplées en basse saison. Le scolarisation des enfants est donc une des causes du dépeuplement des îles. Ainsi si l'été nombreux sont ceux qui viennent se réapproprier leur île, l'hiver impose des choix.

J'ai pu constater plusieurs situations : ou la famille rejoint carrément Milazzo où elle a ses ''quartiers d'hiver'' et tout le monde vit à alors comme tout un chacun durant ces quelques mois ou alors, dans le cas de ceux qui ne peuvent pas vivre autrement ''qu'insulairement'', les cours pour les plus jeunes sont suivis à Lipari qui est un peu le chef-lieu des îles.


C’est de nouveau la fin de l’après-midi, moment propice à toutes les aventures et j’ai envie de m’imprégner une dernière fois de l’île à travers la sueur des efforts. Les aléas du voyage ou des promenades me poussent à emprunter ce petit sentier qui part derrière l’église. J’étais pourtant partie pour me rendre au cimetière et je me dirigeais vers l’opposé ! Passant entre les figuiers d’Inde (ces espèces de cactus énormes), me faufilant à flanc du volcan, dominant la côte, j’atteins au bout d’environ une demi-heure de marche Bazina. Un village, ou plutôt hameau ici ? Le sentier pourtant me semblait vraiment très peu pratiqué malgré le mystère des quelques maisons qui se trouvent dans ce coin de l’île. Je rencontre alors Fabrizio dont j’avais fait vaguement la connaissance au dîner de la veille. Il connaît Alicudi depuis qu’il a 17 ans. Il a d’abord acheté une barque il y a quelques années et puis cet hiver une grotte qu’il aménage petit à petit avec son fils d’une dizaine d’années. Tout se vit ici à travers la mer, ils se trouvent heureux du minimum. Fabrizio et son fils retournaient au port en barque et je me suis jointe à eux : pieds mouillés, un verre de vin blanc et une cigarette à la main, la situation restera à jamais gravée dans ma mémoire comme un instant de pur bonheur. Fabrizio, à qui j’ai raconté mes quelques problèmes d’intérêts divergents avec Léa, me proposa alors de rester quelques jours avec eux dans la grotte ! Et là pour une fois que j’avais planifié quelque chose : mon retour à Catane, j’ai vraiment regretté de ne pas pouvoir profiter de ce pur dénuement !