Continent: 
Asie
Nom: 
LARTILLOT
Type de Voyage Z: 
Bourse Z
Justine
,
2015
,

PRIX DE L'ECRITURE 2016

Sujet d'étude: 
Le théâtre d'ombre et les arts du cirque au Cambodge

20 juillet au soir, j’écoute Sok Leng jouer son instrument de prédilection, le khim, un parallélogramme en bois vernis où sont tendues plusieurs dizaines de cordes. Il tape élégamment avec ses deux tiges de bambou. Cet instrument me rend… émotionnelle. Ses sonorités sont douces, paisibles, chaudes, parfaites. Je sens mes larmes monter, mais je les retiens. Je n’ai aucune envie que Sok Leng me voit dans cet état. Il ne comprendrait pas, je ne trouverai pas les mots, la façon de lui expliquer, et nos langues communes sont trop faibles pour nous permettre d’en discuter vraiment. Le courage et la détermination dont il fait preuve, dont beaucoup d’artistes font preuve me laisse sans voix, émue : dormir sur une scène de théâtre à l’extérieur, au milieu d’une ville constamment bruyante, à l’écart d’une famille pleine d’enfants, trop pauvres pour pouvoir l’accueillir, c’est une réalité. Pourtant, Sok Leng a beaucoup de chance, ou disons plutôt que son talent et son travail portent ses fruits. Lors de sa tournée en France,  il a été pris sous l’aile d’un parrain, un oncle adoptif bienveillant qui vit à l’autre bout du monde.

25 août, je quitte Sovanna Phum. Mann Kosal, le brillant directeur n’est pas là. Je l’appelle, il est en province, je ne le reverrai pas. Cette idée me rend vraiment très très triste. Au téléphone, il me dit : « Si j’avais su qu’aujourd’hui était ton jour de départ, jamais je ne serais parti en province. » Je n’avais pas eu le temps de passer à l’école la veille et Bong Kosal avait simplement oublié. Il est débordé, il ne s’arrête jamais, jamais.

Dans un pays en développement, l’art a également un grand impact éducationnel. C’est cet aspect qui rebute le gouvernement cambodgien. Gouverner un peuple naïf, c’est mieux.

J’aime tellement les arts. Les vrais artistes savent à quel point l’art n’est pas une compétition et oh combien les artistes ont tout intérêt à se battre ensemble. Se battre pourquoi ? Se battre pour faire perdurer une identité culturelle volée par une économie globale, par un monde qui ne veut ne faire plus qu’un. Se battre pour rappeler au public que l’argent n’est pas le but de la vie. Se battre pour construire une communauté où ensemble, nous construisons un projet, où nous sommes dépendant les uns des autres, et où l’amour et l’investissement de chacun sera indispensable pour le bon avancement du projet commun, se battre pour rêver, pour ne plus survivre, mais bien pour vivre.


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