Nom: 
BOUVIER
Clémence
,
2014
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Sujet d'étude: 
Musica y Musicos, au fil des capitales espagnoles: Madrid y Barcelona !

« Les exilés, ces hommes et ces femmes qui ont été chassés de leurs terres, sont prisonniers entre les frontières. Aujourd'hui je sais que je veux travailler à leur côté, je veux briser des chaînes. Me battre pour les aider à ce qu'ils obtiennent une nouvelle identité officielle qui leur permette de s'épanouir, de se réaliser.
Je suis heureuse d'avoir fait ce voyage, ces rencontres car elles me transforment irréversiblement. Les parcours de ces garçons m'ont bouleversés. Des milliers de gens sont exilés, partout, mais on ne les voit pas, c'est le peuple de l'ombre. Pas de papiers, pas d'identité, pas d'études, pas de travail… C'est terrible, ces gens sont victimes de la guerre et reçus comme des fantômes.
Ces jeunes ont le même âge que moi, ils sont intelligents, cultivés, ils ont des savoirs-faire, des savoirs-être. Lorsque par empathie j'imagine comment je réagirais vivant la même expérience, cela me rend extrêmement triste. A côté de ça, les gens se plaignent de la chaleur, du mauvais temps, de l'ennui mais ils sont libres. L'identité administrative, c'est aussi la liberté. »
 
« Le plus important pour un voyageur est de ne pas se fixer de limites, de rester libre pour pouvoir saisir les opportunités qui surgissent.
Ainsi en suivant Shanti jusqu'au bar Salsa j'ai découvert la salsa et plus encore la danse. La danse comme expression du corps, dialogue universel physique et rythmique. Danser me libère de la tyrannie de mon esprit sur mes actes. De ma chère amie Analyse, Réflexion, Pensée peu importe le nom qu'on lui donne, vous voyez de qui je veux parler. Je dois me laisser guider par l'autre, le partenaire, je dois m'abandonner à lui en toute confiance et laisser le rythme m’imprégner entièrement. Glisser sur les vagues rythmiques, comme transcendée, voilà ce à quoi je veux user ma vie. Je le sens, c'est comme si j'avais assisté à une seconde naissance. Si l'homme est un être en puissance, lorsque je danse je suis Clémence. Transcendée en extase le temps s'échappe de ma conscience emportant avec lui notre condition d'être asservi par lui même. Les blocages cèdent. Si je pouvais physiquement, jamais je ne m'arrêterais. Et à l'Antilla j'ai rencontré Miguel qui m’apprit les bases de la salsa et de la bachata. Nous nous virent le lendemain et tous les jours jusqu'à la fin du voyage.
J'ai sauté dans le taxi où s'étaient engouffrés mes amis sans savoir leurs intentions et je me suis retrouvée à danser le rock n' roll avec un arménien dont le van s'appelle Roberta dans une boite éléctro à 4 heures du matin à Barcelone. La vie est une suite de hasards, tellement improbables. Ma voiture s'appelle Axelle Joplin. Puis j'ai croisé Hédi sur les ramblas, Hédi était mon meilleur ami en primaire. On ne s'était pas vu depuis deux ans et nous nous retrouvons à 5h du matin au centre de Barcelone. La vie est folle, je pense qu'il faut l'accepter et parfois perdre le contrôle.
Miguel m'a appelé en me disant qu'il était aux fêtes de Gracia. Le métro fermait à 1h, il était 12h50 j'étais partie pour dormir. Trois minutes plus tard j'étais dans le métro, 30 minutes plus tard j'arrivais à Gracia. Tout le monde était dans la rue, jeunes, vieux. L'ambiance était festive. Dans toutes les rues il y avait des concerts, pour tous les goûts, punk, rock, électro, jazz... J'étais seule et je découvrais ce quartier le cœur calme dénué de toute appréhension. Ouverte à la nuit. Miguel était à la plaza del sol mais il ne répondait pas au téléphone. Je continuais donc mon chemin. Quand un visage familier surgit de la foule, celui d'un grand petit prince, Sébastien ! Nous nous étions rencontrés le lendemain de mon arrivée à Barcelone, puis nous nous étions perdus de vue. Ainsi je le suivi dans les rues de son quartier. Nous nous retrouvâmes à danser devant un concert de punk. Il me proposa de venir habiter chez lui quelques temps.
J'étais sur la plage avec Miguel et Shanti je comptais partir le lendemain avec Myléna et sa famille lorsque je reçu un message, mon covoiturage était annulé. Quelques minutes plus tard une amie m'appelait me demandant si j'étais toujours sur Barcelone parce qu'elle voulait venir pour le week-end. Je pris quelques minutes pour réfléchir et décida de rester jusqu'au lundi puis de repartir avec elle. Le lendemain en l'attendant à l’hôtel, je tombais sur une école de swing et décidai de m'inscrire à un stage. 
Mon voyage a basculé à partir du moment où je me suis rendue compte que je pouvais m'adapter absolument partout. Au début je vivais très mal la solitude. J'étais tiraillée par des liens affectifs qui me ramenaient en France, à mes amis, ma famille. J'ai ressentis un réel manque de reconnaissance pour ce que je suis. Je me retrouvais du jour au lendemain anonyme parmi la foule, dans un pays où dès que j'essayais de dire quelque chose on me catégorisait « étrangère » ce qui créait un manque de communication et de confiance en moi. Je regrettais ma zone de confort, la place que j'avais acquise au fil des années dans la société et que personne ne peut remettre en question. Je ne savais comment entrer en contact avec les gens. Car je me suis rendue compte que jamais auparavant je n'avais été seule. Je me suis beaucoup interrogée, j'ai cherché pourquoi j'étais si mal, si cette étape était nécessaire, un passage obligatoire pour tout voyageur en quête de liberté dans l'espace. J'ai passé réellement deux jours seule en parlant uniquement aux gens de l’hôtel. Et au troisième jour j'ai compris. Très simplement, en écrivant une phrase sur mon carnet : Je ne veux pas vivre seule. Alors j'ai compris que je n'étais pas seule et que si je ne souhaitais pas l'être je ne le serai jamais. Ainsi à partir de ce moment je me suis ouverte et j'ai commencé à faire des rencontres. Toutes sortes de rencontres. Cela me fait penser à la chanson, Stand by me « You don't need somebody to stand by you », Tu n'as pas besoin de quelqu'un qui reste à tes côtés. »


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