Nom: 
KLIPFEL
Juliette
,
2014
,

Sujet d'étude: 
Sur les flancs des montagnes, médecine traditionnelle ou occidentale?

« La photo que j'ai choisie est la seule que j'ai osé prendre lors des consultations auxquelles j'ai assisté. On peut voir la concentration du médecin tibétain en train de lire le pouls. Ce médecin m'a profondément touchée : chez lui, l'amour inconditionnel, la compassion, et la générosité n'étaient pas que des mots murmurés en prières, mais sa véritable manière d'être, et de soigner les autres. »

Extrait de mon carnet de route

    Dernier jour à la maison. Après ce mois passé à partager la vie de cette famille, leurs conditions de vie et leur langue, je traverse ces derniers moments dans un étonnant calme intérieur. Ce doit être le fait de savoir que je vais m'en aller, retrouver d'autres conditions de vie, qui me rassure et me permet de ressentir enfin la richesse de l'expérience que j'ai vécue, malgré la rudesse physique endurée.

    Le fils d’Ang Doma passe le matin, avec une vilaine plaie à la main : en maniant la machette, il s’était entaillé le dessus du pouce. C’était il y a quelques jours, donc la plaie était déjà sèche, remplie de la pâte grise de la racine nommée « Tintalé bango », et je ne pouvais malheureusement plus rapprocher les bords de la plaie, il aura une horrible cicatrice. Je fais ce que je peux pour recouvrir sa plaie. Puis, c’est sortie botanique avec les filles ! Nous parcourons la face nord, très humide la jungle, à la recherche de cette racine hémostatique. Ce n’est pas évident car il n’y en a pas beaucoup, et il faut reconnaître les feuilles vertes, banales, pour trouver le tubercule. Nous en dénichons quelques-unes, que la maman m’offre, c’est son cadeau de départ. L’après-midi, nous le passons à faire des allers et retours dans la foret, avec des paniers sur la tête, pour ramener des feuilles afin d’en tapisser les couchettes des vaches. Entre chaque voyage, nous nous arrêtons dans un champ pour faire des bouquets de fleurs : je veux leur en offrir pour mon départ. 

    La complicité avec les filles est à son apogée, nous rions dans la foret, escaladant les arbres et prenant des photos. Les liens que j'ai tissés avec elles sont très forts car simples. Elles m'ont acceptée comme une sœur et malgré la barrière de la langue, leur joie de vivre est communicative : les mots ne sont pas toujours nécessaires pour rire et danser !