Continent: 
Europe
Nom: 
LAGRANGE
Jacques
,
1961
,

Sujet d'étude: 
Vulcanologie de l'Etna

Le secret du volcan  

Au dessus de moi cependant le cratère de N-E continue à lancer sa fumée et ses bombes qui dévalent à toutes vitesse vers moi. Je n'ai rien à craindre car elles se heurtent à une sorte de mur avant de m'atteindre. Ce qui est le plus gênant c'est la pluie continue de cendres. Ca grésille sur le casque et elles s'infiltrent partout. Les raisons secs que j'ai apportés pour manger craquent sous la dent. Elles se collent à mon corps en sueur. Pas moyen de regarder en l'air sans en prendre plein les yeux. Dans les grondements qui trouent le grand silence, le volcan garde pourtant un secret. Qu'y a-t-il au fond du cratère ? Une sorte d'attirante répugnance m'entraîne à y aller voir. Je commence à chercher un moyen d'accès. Après tout, pourquoi n'irais-je pas moi aussi voir un volcan de tout près, narguer sa puissance.

Comme un chasseur, je me mets à tourner autour de ce cône qui, somme toute, n'est pas très haut. Le vent venant du nord-ouest, je vais attaquer par ce côté-là. Pourtant je suis seul et j'ai peur ....  Je dépose tout ce dont je n'ai pas besoin sous un rocher et j'observe encore pendant cinq minutes.  Je cherche à percer la carapace du géant.  Le même sentiment d'hésitation que celui ressenti la première fois que je fis le mur du lycée une nuit. Il est encore temps de reculer. Bientôt ce sera trop tard. Une accalmie. Allez tant pis ! Il faut en profiter. Je boucle mon casque, prépare mon masque à gaz et je commence à monter. Le nez en l'air pour surveiller les bombes, je songe à ma famille, à celle dont j'ai la dernière lettre sur moi, et j'avance. La pente est raide. Dieu qu'il fait chaud ! Quel fou ! Aïe ce caillou est brûlant !  Là haut seule la fumée monte. Pas un bruit ! Inquiétant silence ! J'espère que personne ne me regarde de là-bas !  Je n'ose me retourner. Broumm ! Ca y est ça commence. Le sol tremble mais les pierres tombent à ma droite.

Allez vite, on grimpe pour être plus près quand ça recommencera. Tout a disparu. Plus de terre. Je suis seul sur mon volcan avec mon obstination imbécil… Attention ! Je vois les bombes passer devant moi et s'écraser à droite. Heureusement qu'il y a ce vent. Plus qu'une dizaine de mètres, sept, six …Je l'aurais parié, le vent tourne. Et du mauvais côté encore. Vite le masque. Pour le mettre il faut enlever le casque ! Vite de l'air, le casque, les pierres. Regarde en l'air ! Le masque de travers, je lève la tête. Zut le casque est tombé ! Pas de panique. Il y a plein de cendres dans la cartouche du masque. La buée se colle sur les carreaux.  Tonnerre, et ce vent qui ne tourne pas. Les volutes se précipitent vers moi.

Je passe un doigt dans le masque pour essuyer un carreau. En l'air les pierres. !  Enfin ça se dégage. Malgré cette première sommation, je fais une photo et j'avance toujours. Ca y est je suis sur la lèvre supérieure. On ne voit rien dans ce trou plein de fumée. Si, voilà un coup de vent qui balaye pendant quelques secondes les gaz et les fumées. Dans le fond d'un cône parfait, les pierres sont brassées et agitées par un puissant dégagement gazeux. J'ai vu ce que je voulais voir, aussi, inutile de rester plus longtemps. Je descends en marche arrière. Broumm ! ce coup là c'est pour moi. Ce point noir qui tombe du ciel … Hop une esquive à gauche. A droite ! Trop tard ! Bing sur mon casque !  Encore un ! Raté ! Pas pour longtemps ! Bing, bing ! Heureusement ce sont des petits. Et je continue à descendre à reculons, sans précipitation pour ne pas perdre l'équilibre. Ouf ! Cette escalade de cinquante mètres m'a épuisé. Je m'assieds derrière un rocher et je récupère. Les raisins à la cendre sont délicieux.