Continent: 
Europe
Nom: 
GARCIA
Type de Voyage Z: 
Bourse Z
Rapport image et son (audiovisuel): 
Louna
,
2016
,
.
.
Royaume-Uni

Sujet d'étude: 
Expérience(s) de l'île : Vie quotidienne des insulaires ou comment l'espace de l'île influe sur les vies qu'elle abrite.

<p>Durant un mois, j'ai sauté d'île en île afin de comprendre comment les gens vivent sur les petites îles. Comment perçoivent-ils cet espace de vie ? S'y sent-on libre ? Par ce voyage, je souahitais confronté l'image que l'on se fait de l'île depuis le continent avec une expérience de l'île vécue.&nbsp;</p> <p>&nbsp;</p> <p>&nbsp;</p>

JOUR 8 Mardi 9 août Cette fois je suis réveillée avant tout le monde, même avant mon réveil. J’ai donc le temps d’écrire dans ce journal. Le duvet sur les genoux, au chaud dans ma cabine. Peu après, soit quelques lignes à peine, j’entends le bruit du capot qu’on ouvre. J’entrebaille la porte de ma cabine, Françoise et Sylvain sont debout, s’agitant déjà de bon matin. On petit déjeune en parlant de leur futur départ, prévu demain, pour les îles Orkney. Sylvain a déjà le nez dans les prévisions météo et les actualités mondiales. Ce matin, c’est donc préparation du bateau. Plein d’eau, plein de gasoil. Petite manœuvre que j’effectue en short. Retirer les amarres, les remettre, les retirer, les remettre. Le plein est fait. Depuis 2 jours, j’ai un problème de réseaux, plus rien, mes parents vont s’inquiéter. Je passe donc une petite heure devant l’Information Center à chercher à les contacter grâce au wifi, messages, email, whatsapp, ça ne fonctionne pas. De retour sur le port, j’apprends que les voisins partent aujourd’hui. Je fais le tour des pontons pour savoir si quelqu’un part sur les petites îles. Drapeau danois et tout sourire. Quand part-il ? Maintenant. Ahh… Dilemme. Je ne suis pas prête à partir là, tout de suite. Je n’ai pas eu le temps de me préparer à quitter Balthazar et les 2 mouettes qui l’habitent. Que faire ? Je retourne au bateau. Françoise semble peu convaincue. Sylvain veut voir le voilier danois. Il m’accompagne, vérifie l’honnêteté de mon futur capitaine, comme un parent soucieux. Le skipper semble très pro et connaît bien les prévisions météo. Sylvain acquiesce. Allez. Ça part ! En moins d’un quart d’heure, ma journée cocooning se transforme en palpitante traversée jusqu’à …Fair Isle… ! Belle île me voilà. Mon sac passe au-dessus du bastingage. J’embarque. Avec un mélange de tristesse et de joie. De quitter si vite ce couple que j’aime beaucoup, de se laisser aller à la sérendipité de cette aventure, mon premier bateau-stop. Je voulais leur faire un petit cadeau pour les remercier mais je n’ai même pas le temps. Françoise glisse une demi-plaquette de chocolat dans mon sac. Dans le même temps elle me refile mon porridge discount. C’est parti. Pas de wifi, pas le temps de prévenir quiconque. Pas de cash, seulement 13 livres, Je pars. Les 2 français sur le quai, moi dans le bateau. Alors que je croyais vivre la situation inverse. Moi sur le quai, Balthazar retournant à l’aventure. Le bateau s’éloigne, ou plutôt est-ce le quai ? Avec dessus une belle rencontre qui agite une main dans le vide. Nous longeons donc Bressay, les vagues sont petites et le ciel plutôt bleu. L’équipage se compose autour d’un grand danois sec et aux courts (très courts) cheveux argentés. Il est médecin anesthésiste et oncle de Christia, une jeune de peu mon âge. Martin est le fils du skipper, et sa copine aura un peu le mal de mer. Au sortir du bras de mer enserré entre Bressay et Mainland, la mer se fait plus violente. Le vent bâtard. Le voilier fait du bord à bord, galère. Le skipper décide de passer par l’ouest de Moussa, une île au large de Mainland. Cette île est une réserve naturelle et apparaît paisible et fière avec ses falaises déchiquetées et son herbe inébranlablement verte. C’est majestueux. La mer est ici plus clémente. Mais dès que nous retournons à un horizon nu, les vagues sont des rocs. C’est hyper beau. La houle bringuebale le bateau qui pourtant file à 6 nœuds. Les vagues me semblent vraiment énormes. J’ai un peu froid, je n’ai pas de veste de quart. Je suis calme et sereine. Pourtant embarquée vers un inconnu où personne de m’attend, à bord d’un bateau où l’on ne parle pas ma langue. Six heures passent avant notre arrivée dans le port minuscule de Fair Isle. Nous avons aperçu la silhouette de l’île peu après avoir passé la tête de Sumburgh, au sud. Elle a peu à peu grossi et pris de la profondeur, jusqu’à révéler ses falaises moussues tombant raides dans l’océan. Je suis trop heureuse d’arriver. Sur le port, il n’y a qu’un autre voilier avec le nôtre. Je cours vers le seul bâtiment en vue, le Bird Observatory, pour obtenir quelques informations, voir s’ils n’ont pas besoin d’une volontaire. C’est très sauvage, il y a des moutons en liberté partout. Des lapins minuscules. Et le vent. Surtout le vent. Qui peigne tout, avec force et longueur. Je mange sur le bateau, le repas du soir. Je tombe de fatigue. Pendant que nous mangeons, les danois évoquent, en anglais, le fait que cette île est un trou. Il y a d’abord cette mention sur la carte évoquant un « vide » autour de Fair Isle, et puis l’isolation, enfin le rien qui subsiste ici. Ah, et le ferry, qui est à quai et qui n’aide en rien à l’image de la belle île. Ils se voient mal vivre ici. Ils plaignent ceux qui y habitent. J’ai planté ma tente dans le vent, à l’abri d’une colline qui n’est pas assez haute pour être un abri. Je n’arrive pas à dormir. J’angoisse, j’ai peur, je délire. Je suis seule, perdue au milieu d’un rien, lui-même isolé des autres terres par des milliards de mètres cube d’eau. Seule. Et tout est hostile. Et le vent qui claque les toiles, et les vagues sur la plage. Je n’arrive pas à me concentrer sur quelque chose, ma respiration, une pensée. Je suis diffuse et pleine de nœuds. J’ai besoin de me calmer si je veux pouvoir dormir. Je cherche dans ma tête quelque chose. Des granules ? Pas pour l’effet médical, mais pour la sensation de faire fondre sous la langue. Non, du chocolat. J’ai du chocolat, merci Françoise. Merci. Une barre que je croque et qui fond dans ma bouche. Ça m’apaise. C’est doux, connu, réconfortant comme jamais. Surtout que cela vient de Françoise.Je m’endors sans m’en rendre compte. Le lendemain, j’ai un carré fondu et collé dans mes cheveux et des traces de chocolat sur mon duvet.