Continent: 
Asie
Nom: 
George
Type de Voyage Z: 
Bourse Z
Rapport image et son (audiovisuel): 
oui
Claire
,
2016
,
.
.
Iran

Sujet d'étude: 
La musique engagée, au rythme des revendications du peuple iranien

<p>Je suis partie 6 semaines en Iran pour rencontrer des musiciens, découvrir la musique produite actuellement dans ce pays, et plus particulièrement le phénomène de "musique engagée", c'est-à-dire les revendications et la vision de la société que transmettent les musiciens à travers leurs compositions, que ce soit au niveau des textes ou des mélodies. Je me suis interessée aux difficultés que rencontrent les musiciens, que ce soit à cause de leur statut qui est encore mal considéré au sein de la société, du parcours du combattant qu'ils doivent mener pour organiser un concert ou publier un album légalement, et ainsi du manque de temps qu'ils peuvent consacré à leur passion qui est elle peu rémunératrice. J'ai essayé de retranscrire les messages qu'ils faisaient passer sur leur quotidien, les pressions sociales ou politiques, leurs inspirations et leur amour pour la musique. Je me suis ensuite interessée aux thématiques qui marquaient le plus leurs compositions, l'influence de la censure et des pressions sociales sur leur création et les formes de résistance mises en place face à celle-ci.</p>

Tehran, ville qui m’a engloutie par sa vitesse, ville qui m’a emportée avec elle dans sa souffrance, ville que tu détestes tant et que pourtant j’adore. Je rêve de ses rues, des quelques moments de liberté que nous avons pris à naviguer dans celles-ci, souvent la nuit, quand les regards n’étaient pas trop pesants, lourds de reproches ou me dénudant. Je rêve de ma course pour me sentir vivante, des atroces moments que j’ai passé seule, inquiétants mais grisants, je me sentais libérée, même quand il a posé sa main sur moi, j’étais seule, je n’avais plus que moi à offrir, ou à sauver. J’étais seule mais j’aspirais à cette solitude. J’aspirais à sentir le vent dans mes cheveux quand nous courrions après le bus et que mon voile s’échappait, à entendre ma voix résonner et rebondir sur les toits de Police Street. J’aime les travaux, les ruines, la poussière, les reliefs, les toits et le sable. J’aime les ombres, le soleil orangé se reflétant sur les montagnes, la terre crue qu’on a empilée pour former des murs. J’aime les caveaux, les espaces sombres et insonorisés, la nuit éclairée par un croissant de lune, ou la lumière béate des lampadaires. J’aime être seule et que tu m’observes, m’amusant dans les parcs de gymnastique qui me rappellent la Chine, mon premier voyage, mes premiers souvenirs heureux. (...) Tehran, ton insomnie me reprend, ta léthargie journalière. Je reste assoupie durant la journée et me laisse entraîner par les vagues de ton quotidien, les traversées de la ville en plus de deux heures, tes bouchons interminables, le retard qui est presque devenu un gage de politesse, tout comme les sucreries que l’on m’offre à toute heure de la journée. Tehran, je revoie tes visages assoupis, soucieux, en colère ou pensifs, tes femmes qui baissent la tête quand je dégaine mon appareil photo. Mon coeur bat au rythme de Ya Nas. Il faut encore courir pour rentrer dans le wagon interdit aux hommes et retrouver ces vendeuses à la sauvette exhiber leurs sous-vêtements hideux, et leur maquillage bas de gamme. Elles maîtrisent leur speech de négociante comme un muezzin sa prêche et arrivent à convaincre les indécises, celles qui veulent s’offrir un plaisir d’un instant. Les jeunes soldats désoeuvrés tournent en rond à la sortie de la rame. Ils jettent un coup d’oeil discret aux jeunes filles qui se pressent pour rentrer chez elles et lancent parfois leur main pour les frôler. Tehran je me perds dans tes rues où je n’aperçois pas une femme seule, à part ce mannequin désartibulé, qui traîne sur un carton dans un impasse. Les exhalaisons d’aubergines marinées parviennent à mes narines. Un restaurant est installé dans cette arrière-cour, et les cuisiniers, à l’abri des regards, font une pause, une cigarette Bahman aux lèvres. Le murs en terre cuite du marché, à quelques pas de là, sont incrustés de plaques de céramique chamarrées, qu’éclairent les puits de lumière, creusés dans les voûtes du plafond. Un bruit inhabituel au loin, un coup de feu. Peut-être qu’un policier désoeuvré vient de tirer sur un dealer présumé. Il se frotte les mains par habitude, le travail accompli. Il a hâte de s’arrêter ce soir au café, pour acheter des fleurs de cannabis.