Continent: 
Amérique
Nom: 
Perbet
Type de Voyage Z: 
Bourse Z
Rapport image et son (audiovisuel): 
Léa
,
2016
,
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Argentine

Sujet d'étude: 
Voyage sonore en Argentine, sur les traces de la musique andine

<p>L'entrée dans un monde musical où le râle grave des "erkes" chante l'hiver sec et froid des hauts plateaux, où les "sikus" et les "quenas" se mêlent au souffle du vent et résonnent comme un chant lointain, mélancolique et joyeux,&nbsp; où les accords secs sur les guitares font danser,&nbsp; où les voix racontent cette vie en hauteur, plus proche du soleil.<br /> Un monde où la tradition est convoitée, où les touristes se font nombreux.<br /> Un monde musical argentin parmi beaucoup d'autres, celui du nord ouest,&nbsp; qui fait la fierté d'un pays tout entier, des villages touristiques du nord ouest aux restaurants de Buenos Aires 2000 kilomètres plus loin.<br /> Un monde exploité,&nbsp; et préservé. Un monde plein de paradoxes, de contradictions et d'histoire.</p> <p>De rencontres en rencontres, témoignages, explications passionnées, quelques airs chantonnés au coin d'une rue et quatre accords grattés sur une vieille guitare ont nourris mes recherches. Un monde musical que je voulais comprendre, dépeindre, apprendre. Un monde avec qui j'ai finalement échangé, qui m'a raconté, que j'ai compris parfois ou simplement écouté et observé d'autres fois.</p>

Thématiques: 

Le soir, je me rends à un concert de charanguistes qui a lieu à Tilcara. J’y vais seule. J'aurais aimé emmener Ian, mais j'avais oublié qu'il n'a que 13 ans, et Gabi a décidé pour lui : un non. J’hésite avant de me décider à y aller : je n’ai pas envie de me retrouver dans un de ces shows pour touristes. Pas grand monde ne semble être au courant de ce concert, il me faut demander à plus de 6 personnes avant de savoir où je dois aller, et même à l'office de tourisme ils ne savent pas. Tant mieux, ce n'est donc pas un attrape touriste. Lorsque j'arrive dans la salle, il y a peu de gens. Une petite femme rondelette est assise tout devant, et je crois que c'est son sourire confiant qui me fait m'assoir à côté d'elle. Elle me dit qu'elle est cuisinière dans un hôtel ici, à Tilcara, et qu'elle est venue ce soir pour entendre le son du charango, parce qu'il la fait se souvenir de sa jeunesse. Ce sont des blancs qui jouent, des musiciens de Buenos Aires qui ont étudié la musique classique avant de se spécialiser dans la musique andine, dans des conservatoires de la capitale. Des gens qui ont commencé comme moi. Les uns après les autres, ils ensorcèlent la salle avec le son clair et limpide des charangos. Ce sont des airs d'ici, et des instruments d'ici, mais c'est différent de la musique des peña. Peut-être que l'on entend que ce n'est pas la langue maternelle de ces musiciens, et néanmoins ils la maîtrisent techniquement comme peu de gens d’ici. C'est différent, mais c'est tout aussi beau. J'allais dire qu'ils reproduisent la musique andine, mais non : ils la réinventent autrement. Il y a un guitariste classique aussi. Il joue trois morceaux, seul, le temps de m'emporter ailleurs... C'est magique. J'ai une envie immédiate de jouer avec lui, d'avoir une guitare sous mes doigts maintenant, et de pouvoir jouer comme lui. Pour clôturer le concert, un invité-surprise est annoncé. Un grand homme carré et large monte sur scène. Il a une voix dure, des mains gigantesques, et le visage brûlé par le soleil ardent des hauts plateaux. C'est un homme d'ici, de la Quebrada, un Jujeño. Il est ému, et prononce quelques mots avant de prendre son charango dans ses bras comme un nourrisson endormi. Lorsqu'il commence à caresser les cordes, cette apparente grosse brute se transforme en ange... La musique m'a transportée très loin ce soir-là, et je rentre heureuse